Remontée européenne
- 13 déc. 2017
- 5 min de lecture
Au départ d’Istanbul, les têtes se tournent vers l’Europe. Réparés, les vélos tournent bien mieux qu’en entrant dans cette énorme ville. Depuis la Chine, nous n’avions pas trouvé plus grande ville, il nous faut presque faire 60 km pour en sortir...
Dernière étape avant la frontière bulgare à Edirne où nous attend Ercan (consul honoraire de France). Il est turque mais parle français et nous invite à dîner pour parler de notre périple ; lui nous parle de son pays. Curieux de tout ce qui se présente à lui, il nous en apprend beaucoup en nous faisant visiter la ville avant de nous loger à l’hôtel.
Nous passons la frontière bulgare avec ce léger pincement marquant chaque étape qui nous fait prendre conscience du rapprochement avec la maison : effectivement, on vient de rentrer en Europe ! Sur la route vers Sofia on retrouve ce paysage légèrement familier avec celui de la campagne française mais aussi ce décor post-soviétique : villes glauques et visages marqués. Le temps est gris et l’ambiance n’est pas gaie. Heureusement, à Sofia les choses s’inversent. Arrivés avec la nuit, dans le froid et sous la pluie, Claire nous accueille. Française, vivant depuis 6 ans ici, elle nous

explique avoir été volontaire en Thaïlande pendant une année, un détail qui forcément attire notre attention. C’est donc l’occasion d’un long échange sur la manière d’appréhender le retour en France et visiblement c’est loin d’être simple. Afin d’oublier cette perspective nous sommes invités, grâce à Claire, à une dégustation de Beaujolais nouveau. La soirée hyper classe organisée par les boîtes françaises. On y va surtout pour manger et boire mais aussi avec le malin plaisir de passer pour des clodos au milieu des pingouins.
En poursuivant notre route dans les Balkans, on commence à sentir l’envie d’accélérer pour être le plus vite possible en France et surtout à l’abri. Les rencontres sont plus rares mais plus improbables. Plus le temps avance plus les journées sont courtes et froides. En Serbie le soleil se couche à 16H30 et une heure plus tard dans une maison abandonnée nous sommes dans nos sacs de couchages... De Sofia à Belgrade en passant par les montagnes basses puis de Belgrade à Zagreb en longeant le Danube on perd des degrés. En attendant je fais davantage connaissance avec la route. J’aime, bien sûr, rouler dessus mais j’aime aussi y faire des roulades, des saltos, de la gym et lui laisser se frotter à mes mollets. Je lui ai tout donné et en retour elle m’a laissé des autographes sur les jambes. Bref je me suis cassé la gueule !

En arrivant en Slovénie on annonce la fin des Balkans et l’arrivée de la neige. Entrés dans Ljubljana sous des chutes de neige on repart le lendemain matin avec le même temps. Au fur et à mesure de la journée, les chutes sont de plus en plus fortes et la couche neigeuse sur la route plus épaisse. On ne sent plus nos mains et nos pieds. En short et frigorifiés, chaque arrêt dans un café donne lieu à beaucoup d’échanges et de sourires avec les slovènes. Nous sommes bien nourris et réchauffés à chaque fois. Malgré ce réconfort la température continue sa descente sur le thermomètre. Arrivés en fin d’après-midi au col on évite de faire la descente sur neige, sans freins et dans le noir. Par chance il y a un ancien fort Romain avec une auberge à côté. Sans rien demander on nous donne un sandwich et on nous ouvre la salle musée pour dormir. On a dit oui ! Le lendemain, 20 km après avoir descendu le col sous -10°, nous sommes sous le ciel bleu Italien.

Passée la frontière italienne, nouveau pincement : la prochaine c’est la bonne ! Puis, sans savoir exactement où nous allions c’est complètement par hasard, dans les rues de Portogruaro, que Riccardo nous aborde dans la rue. Lui aussi est un cycliste trekkeur. En voyant nos vélos et entendant notre histoire il nous propose d’emblée de dormir chez lui ! Comment mieux se souhaiter la bienvenue en Italie qu’en étant l’invité d’un cuisinier Italien ?! L’Italie restera le seul pays où chaque soir l’habitant nous a accueillit : « la golden country » ! Nous l’avons traversé d’est en ouest par la grande plaine du nord où chaque centre ville est un musée : Trévise, Vicenza, Vérone, Mantoue, Piacenza, Tortona, Savona. Ce fut une excellente occasion de faire plus ample connaissance avec nos voisins avec qui on a beaucoup de points communs ; le premier : les langues. Ils sont nuls en anglais et ne parlent qu’italien.
Pourtant, la barrière de la langue commence à s’abaisser, certains d’entre eux parlent français comme Lucia
rencontrée à Mantoue.
Souhaitant quémander un pieu dans une basilique, on tombe sur un marché de Noël improvisé dans un bâtiment à côté. En entrant, on raconte notre vie à Francesco, le mari de Lucia. Il fait taire toute la salle pour expliquer notre présence. On entend des « Bravo » ; « ma que bellissima » ; « MAMA MIA ! » et d’un seul coup il s’excitent tous, élevant toujours plus le niveau sonore jusqu’à nous proposer de venir manger chez Francesco et Lucia. On a dit oui pour le festin ! Francesco est devenu hyper fan : il sort son atlas ancienne génération pour suivre le trajet, garde notre site internet dans ses favoris, s’arrête sur chaque photo et nous offre un lit. Pour Lucia on est comme ses deux fils Michele et Nicola partis à Londres et Shanghai. Par conséquent on assiste à tout l’art dramatique de la comédie Italienne ; Lucia y joue le rôle de la gran mama qui retrouve ses petits fils. Tout y est : la parole et le geste, les émotions les plus simples poussées à l’excessif pour le théâtre ! Sauf que là c’est pour de vrai. Lucia nous a offert une soirée magique et un sac de bouffe pour le voyage.
Une dernière fois avant d’arriver sur la côte, on se tape un col avant de se trouver face à la méditerranée au chaud ! Le sentiment heureux d’être dans la dernière ligne droite avant la France. Demain on y est ! Mais avant il faut trouver un endroit pour dormir, c’est Lydia qui nous aide ce soir en nous ouvrant les portes de sa maison.
Une dernière nuit à l’étranger, avant de commencer à voir apparaître des panneaux indiquant la Francia et d’écouter une dernière fois Johnny avant de voir apparaître la frontière. Une sortie de tunnel, 5 mois qu’on pédale, un virage, il y a 5 mois on quittait Saigon, une descente, le vélo roule tout seul, 5 mois que j’ai mal au cul, de loin on distingue des mecs armés, des voitures arrêtées, 5 mois qu’on attend ça, puis un immense panneau en fond bleu avec douze étoiles jaunes dessus et au milieu écrit en ENORME : FRANCE !





















Commentaires